mercredi 14 mai 2008
Monsieur Personne

Quelques pages de Monsieur Personne, premier album et chef d'œuvre de l'illustratrice polonaise Joanna Concejo, traduit aux éditions du Rouergue après avoir été publié l'année dernière par le découvreur de talents Topipittori.

Quelques images de son exposition "Attorno al giardino" à Bologne, ici
Un autre livre, Grand et Petit, vient de paraître à l'Atelier du poisson soluble.
Ses dessins pour Lignes nues et Transparences de Rafaël Concejo, là.
Merci à Anna
lundi 12 mai 2008
Phantom

Pendant deux ans, l'artiste écossaise Alison Watt a peint dans un studio installé au sein de la National Gallery. Artiste en résidence, elle a pu assouvir sa passion pour l'acte de peindre chez les maîtres anciens et exercer sa fascination pour la représentation du tissu en peinture. Petite fille, son père l'avait emmenée devant le portrait de Madame Moitessier par Ingres : elle avait été happée par les effets de texture du tissu, dont les reliefs et les anfractuosités contrastaient tant avec la peau lisse et glacée du modèle. Elle a poursuivi son cheminement avec le Saint François de Zurbaran et le portrait de Jacobus Blauw de David.
Chaque jour, elle s'est absorbée dans la contemplation des vêtements dans les tableaux, jusqu'à ce qu'ils lui paraissent séparés de ceux qui les portent, détachés de tout ancrage historique, comme animés d'une existence propre les propulsant dans la non figuration. Six mois lui ont été nécessaires pour commencer à affronter sa peur de peindre. Deux ans pour déployer sept tableaux gigantesques (de plusieurs mètres de hauteur) où, à travers les infimes nuances de l'ocre, du jaune de cadmium, du terre de sienne, elle a exploré les limites entre le matériel et l'immatériel - plis, nœuds, vides, replis, creux - jusqu'à se sentir entièrement enveloppée dans la toile. L'écouter parler de la peinture comme expérience physique est un régal.

Détail de Pulse et Phantom © The National Gallery, London.
Courtesy Alison Watt / Ingleby Gallery, Edinburgh.
Exposition "Phantom" jusqu'au 29 juin à National Gallery
La Traversée des faux plis

Née de la rencontre d'une marionnettiste, Mélanie Mazoyer, et d'une chorégraphe, Edwine Fournier, La Traversée des faux plis modèle " à travers les explorations de chaque matière étendue, comme des masques à l’échelle du corps, une danse porteuse de ce qui se cristallise à l’abri des replis du linge : les faux plis,le passé, les histoires et les espoirs de chacun."
Inspiré du maître-livre de l'ethnologue Yvonne Verdier Façons de dire, Façons de faire. La laveuse, la couturière, la cuisinière, (Gallimard, 1979), le spectacle est construit autour d'un immense étendoir à linge, "deux femmes au bord de la rivière du quotidien, brassant, lavant, essorant tous ces petits coins de vie qui se glissent entre les plis. Deux femmes sur les montagnes de plis cherchant le juste repli ; jusqu’à se laisser déployer par les vagues de l’âme. Deux femmes sur l’échelle d’une journée, d’une vie. La femme du dehors, du quotidien et de ses petites manies ; celle du dedans et de ses insomnies».
Les costumes sont de Manon Gignoux, qui connaît comme nulle autre les secrets du linge.
Représentations le 15 mai et le 16 mai au théâtre de la Cité internationale, à Paris,
dans le cadre de la septième édition des Scènes ouvertes à l'insolite.
jeudi 8 mai 2008
Pièges de verre

Piège à rongeurs, 2007
Maïssa Toulet élabore des boîtes hermétiquement closes mais toujours transparentes. Fermées et ouvertes tout à la fois. Elle n'y cache nul secret, elle n'y scelle nul trésor ; elle ordonne pour l'éternité de menus objets, selon des logiques empruntées aux dispositifs muséographiques et aux pratiques votives. La vue sans le toucher.
Que nous donne-t-elle à voir que nous ne saurions atteindre ? Ne s'agirait-il pas de l'activité de la pensée même, de son mouvement saisi pour toujours. Plus que des univers miniatures ou des collections, des cages à rêves, des pièges à associations d'idées, des prisons pour pensées fugitives. Il ne nous reste plus qu'à imaginer le bonheur de celui qui les trouvera intacts.

Prisonniers, 2007
"Dans les murs on avait creusé des cavités où étaient posés des vases de verre transparents remplis d'alcool coloré ou d'une fumée bleutée. Sur le sol, il y avait deux grands coffres de verre placés l'un en face de l'autre qui excitèrent immédiatement sa curiosité. En s’approchant de l'un d'eux, il vit à l'intérieur une belle construction semblable à un château entouré de dépendances, d'écuries et de granges, ainsi que d'une foule d'autres choses de ce genre. Tout était petit mais exécuté avec infiniment de soin et d'élégance et paraissait sculpté par une main habile avec une extrême précision. Il aurait contemplé‚ encore longtemps ces merveilles si la voix ne s'était pas à nouveau fait entendre. Elle l'engageait à se retourner et à regarder l'autre coffre de verre. Quel ne fut pas son étonnement d'y voir une jeune fille de la plus grande beauté ! " Extrait du Cercueil de Verre des frères Grimm.

L'atelier de Maïssa se situe
89, rue de Charonne dans le 11ème arrondissement à Paris.
Si vous voulez prendre rendez-vous avec elle,
vous pouvez la contacter à cette adresse : mtoulet@yahoo.fr,
mardi 6 mai 2008
Paper Moon



Lunes de papier des années trente comme un roman de l'Amérique.
collection Only a Paper Moon
Etats et empires de la lune


Sur une scène entièrement éclairée à la bougie, en compagnie de deux musiciens, l'extraordinaire Benjamin Lazar nous emmenait en voyage sur la lune, au sommet de son art de la déclamation et de la gestuelle baroques : les paragraphes de l'étonnant roman de Savinien Cyrano de Bergerac, L'Autre Monde, les Etats et Empires de la Lune , devenaient bulles de rêve s'élevant lentement dans l'obscurité , du parterre au paradis.
"La Lune était en son plein, le ciel était découvert, et neuf heures au soir étaient sonnées lorsque nous revenions d'une maison proche de Paris, quatre de mes amis et moi. Les diverses pensées que nous donna la vue de cette boule de safran nous défrayèrent sur le chemin. Les yeux noyés dans ce grand astre, tantôt l'un le prenait pour une lucarne du ciel par où l'on entrevoyait la gloire des bienheureux, tantôt l'autre protestait que c'était la platine où Diane dresse les rabats d'Apollon, tantôt un autre s'écriait que ce pourrait bien être le Soleil lui-même qui, s'étant au soir dépouillé de ses rayons, regardait par un trou ce qu'on faisait au monde quand il n'y était plus. "Et moi, dis-je, qui souhaite mêler mes enthousiasmes aux vôtres, je crois, sans m'amuser aux imaginations pointues dont vous chatouillez le temps pour le faire marcher plus vite, que la Lune est un monde comme celui-ci, à qui le nôtre sert de lune". "

Odeur de lune

à expérimenter à la maison trudon ou chez Astier de Villatte
vendredi 2 mai 2008
Ridotto

Par cette ouverture secrète pratiquée dans les carrelages de marbre, imperceptible depuis l'extérieur, Elena Priuli, épouse du procurateur Federico Venier, se plaisait à observer les personnes qui entraient dans son ridotto (un refuge, un abri, qui nous a donné le mot "redoute") Les initiés savaient qu'il suffisait de lever la tête en signe de connivence. Loin de son austère Palazzo dei Gesuati, la procuratesse rassemblait ses amis en ce lieu de plaisir mêlant les joies de la conversation, du jeu et de l'amour.
Quatre pièces ordonnancées comme un palais miniature : un salon d'entrée, autour duquel s'ouvraient, par des portes de palissandre, cuisine et salle à manger, petit salon et salle de jeu. Un liago, balcon fermé d'où espionner les allées et venues sur le pont dei Baretteri et les calle avoisinants ; une pièce pour les musiciens, séparée, munies de grilles en hauteur pour faire passer le son des instruments en préservant l'intimité de l'assemblée. Sur les murs, le rose, le vert, l'ivoire de précieux stucs rococo où oiseaux, fleurs, guirlandes et rubans rivalisent de légèreté. Des fresques, des allégories et surtout des miroirs, petits et grands.
Des bougies, l'irréelle multiplication des reflets. Des guéridons où sont posés gants, éventails et masques. De petites tables de jeu, des boîtes à chinoiseries, des jetons et des cartes en désordre. Des rafraîchissoirs à "sampagna". Les reliefs d'un souper fin. Des éclats de rire. Des recoins obscurs où les voix se font chuchotements. Le parfum du citronnier du balcon. Un fauteuil déplacé d'un geste rapide. Des banquettes recouvertes de soie où glissent les robes des dames. La nuit, le petit matin. Les cloches de la Basilique.

si vous trouvez la bonne porte,
de charmantes jeunes filles vous ouvriront
jeudi 1 mai 2008
Une bague Codognato

" Apocalypse joyeuse dans un amoncellement de minuscules têtes de morts. Rangés sur des chatons d'émail, on pourrait croire qu'une pyramide de fruits est montée pour la fête. Et ces mignons crânes d'or, nus ou couronnés. Orbites de diamant, de saphir, mâchoires riant à l'éternité de leurs dents bien rangées. Ils ornent des bagues mises à l'index. Ces squelettes, chevilles enchaînées et bracelets de force, pendent aux sourdes oreilles des belles. Qui osera glisser un petit cercueil au doigt de sa maîtresse ? Seule, elle découvrira le mécanisme secret. Le couvercle pivote pour que se dresse une miniature de phallus éternel. Fasse que la petite mort toujours l'emporte. "
Un texte ciselé par Marie-Odile Beauvais
pour le catalogue Codognato
mercredi 30 avril 2008
Vert lagune

Sur un volet, l'eau et l'air tout ensemble.





